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je n'aime plus je veux que tu écris la fable avec une récapitulatio n.. c'est plus bien
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Actualités socio-politiques

Un putsch par Donald Trump

Publié le 01/10/2025 à 00:54 par philosophiesciences

Trump veut renverser la Constitution américaine

 

- par Robert Bernier, 30 sept 2025

 

Quand Donald Trump a commencé à envoyer des soldats dans des villes démocrates, j’ai pensé qu’il souhaitait provoquer du chaos et, à l’extrême, une guerre civile. Il pourrait alors décréter un état de crise lui permettant éventuellement de reporter les élections de mi-mandat. Ces élections sont si mal engagées pour lui qu’il a demandé aux États républicains de pousser au maximum la machinerie du Gerrymandering.

 

Mais un bénéfice secondaire de cette opération m’apparaissait, à moi comme à d’autres, être de lui permettre de voir quelle partie de l’armée et de ses officiers allait le suivre dans sa dérive autoritaire.

 

Aujourd’hui, 30 sept 2025, dans son discours devant les généraux de son armée, il a effectivement révélé ses intentions. Il leur a demandé de se tourner avec lui contre l’ennemi intérieur, c’est-à-dire tous ses opposants. Il leur a surtout dit, et je cite : « Et si vous n’aimez pas ce que je dis, vous pouvez quitter la salle – et dire au revoir à votre grade, à votre avenir ». Voici comment l’homme le plus puissant du monde se fait le plaisir d’intimider, à lui seul, toute une armée. C’est spectaculaire, c’est du grand Trump. Qu'est-ce que Charlot Charlie Chaplin en ferait?

 

Il me semble assez clair que Trump se prépare à renverser la Constitution américaine et à s’arroger le pouvoir pour aussi longtemps qu’il vivra, malgré l’interdiction d’un troisième mandat pour lui.

 

J’espère que nos généraux, eux qui développent des « plans de contingences », viennent de prendre note de cette nouvelle contingence, surtout quand on pense que Trump a ressorti sa marotte du Canada 51e État. Je ne veux pas faire de moi un Cassandre ou un Winston Churchil mais je dis qu'il faut réaliser que ce gars-là, Trump, est immensément dangereux.

Journaliste suspendue pour Gaza

Publié le 19/09/2025 à 16:40 par philosophiesciences

Une journaliste suspendue par Radio-Canada. À raison?

 

- par Robert Bernier, 16 sept 2025

 

Les deux règles de déontologie journalistique que l’on lit souvent pour répondre à la question de savoir ce qui peut (et doit ?) être publié sont les suivantes. Il doit s’agir de faits avérés et ils doivent être d’intérêt public.

 

D’abord, quels sont les faits et peut-on les considérer avérés? La journaliste suspendue, Elisa Serret, répondait à la question du journaliste Radio-Canadien Christian Latreille : « Comment se fait-il et comment expliquez-vous que les Américains ont tant de difficulté à prendre leurs distances d’Israël … » (Simon Gionet, Le Devoir, 16 sept 2025). Madame Serret répondit : « Ma compréhension, et celle de plusieurs analystes ici aux États-Unis, c’est que ce sont les Israéliens, en fait, ce sont les Juifs qui financent beaucoup la politique américaine, les super PAC [comités d’action politique], et vraiment les grandes machines derrière, répond la journaliste. Ce qui fait en sorte que ça devient très difficile pour les Américains de se détacher des positions d’Israël. » Voici donc les faits qui lui sont reprochés, paroles jugées stéréotypées et antisémites.

 

Les faits sont-ils avérés ? James Baker, alors secrétaire d’État des États-Unis dans la présidence de George Bush père, une des présidences, avec celle de Clinton, les plus engagées envers la solution à deux États en Palestine, répondait comme suit à la même question, posée cette fois par une universitaire palestinienne affiliée au Fatah : « Je vais vous dire quelque chose de très secret : la raison pour laquelle les membres du Congrès sont élus c’est qu’ils votent en faveur d’Israël. Le lobby israélien est le plus riche et le plus puissant lobby politique d’Amérique. » (rapporté par le reporter Charles Enderlin dans son livre Le Grand Aveuglement : Israël face à l’islam radical, Albin Michel, 2024, p. 177). On peut dire que les faits sont avérés tant par James Baker que par le spécialiste qu’est Enderlin.

 

On pourrait peut-être reprocher à Madame Serret d'avoir amalgamé israéliens et juifs dans sa réponse. Mais l'amalgame serait fondé, étant donné que Netanyahou a amendé la Loi Fondamentale d'israël en 2018 pour proclamer Israël comme étant l'État-Nation du peuple juif, transformant ainsi les palestiniens en citoyens de seconde zone.

 

Mais les faits sont-ils d’intérêt public? Comment ne le seraient-ils pas au moment où les actions réputées potentiellement génocidaires d’Israël à Gaza pourraient entrainer les États-Unis, Israël, les pays arabes, et combien d’autres encore?, dans une guerre qui pourrait vite devenir effroyable?

 

Doit-on conclure qu'il n'y a pas que dans les USA de Donald Trump que la vérité, la rigueur journalistique et la liberté d'expression sont mises à mal?

De Mark Carney, Kevin Roberts, Dieu et d'extrême droite

Publié le 06/09/2025 à 15:49 par philosophiesciences Tags : heritage foundation project 2025 dessein intelligent

Qui est Kevin Roberts ?

 

- par Robert Bernier

 

J’entendais aujourd’hui (Jeudi 4 sept 2025) une nouvelle « stupéfiante » : Kevin Roberts devait être entendu comme expert dans le cadre de la retraite du conseil des ministres libéraux à Toronto.

 

Roberts est présentement directeur de la Heritage Foundation, un Think Tank américain qui a développé le document Project 2025 dont les idées ultra-réactionnaires sont présentement mises en acte, chapitre après chapitre, par le président Donald Trump. Juste là, on devrait s’inquiéter du fait que Mark Carney ait pensé à l’inviter pour instruire son caucus.

 

Mais Kevin Roberts n’est pas que ça et vaut certainement un détour par Wikipedia. De son côté, la journaliste américaine Katherine Stewart, autrice du livre « Money, Lies and God : Inside the movement to destroy american democracy », le décrit en page 105 comme une des personnalités d’avant-garde dans la mouvance “anti-woke” aux États-Unis.

 

Et l’article «  The Heritage Foundation, les missionnaires du trumpisme à l’assaut de l’Europe », du journal « Le Monde » du 18 juin 2025, nous apprend surtout que Kevin Roberts est « l’un des plus fervents idéologues de la seconde présidence Trump, déterminé à tout « brûler » – il affectionne les métaphores radicales – pour remodeler l’Amérique dans une version nationaliste et réactionnaire» et ayant pour mission de « promouvoir leur conception d’un « héritage occidental civilisationnel commun », de Paris à Varsovie ». Kevin Roberts est aussi un invité régulier du Discovery Institute, un organisme dédié à promouvoir le Créationnisme du Dessein Intelligent : une idéologie qui en a surtout contre la science, contre l’évolutionnisme darwinien, mais aussi contre l’homosexualité, le mariage pour tous, l’avortement, etc.

 

On dira que c’est pour mieux comprendre Trump que notre très chrétien premier ministre Carney avait pensé à inviter Kevin Roberts. Mais je demeure perplexe. Dans son livre « The Armageddon Factor », la journaliste canadienne Marci McDonald nous apprenait que, sous le gouvernement de Stephen Harper, des prières avaient lieu quotidiennement avec des députés conservateurs. Cette intrication de la politique avec la religion (et la laïcité ?) avait notamment eu comme conséquence directe le soutien inconditionnel apporté à Israël par Harper.

 

Je me méfierais donc d’un premier ministre qui introduit auprès de son caucus quelqu’un qui pousse à la rédaction d’un « Project 2027 » en Europe dans le but de préserver un héritage occidental civilisationnel, et, surtout, qui le faisait devant les Marion Maréchal et Eric Zemmour.

 

Addendum:


Dans un article du Washington Post, en traduction française dans La Presse du dimanche 7 septembre 2025, article intitulé "Heritage Foundation: Un projet Manhattan pour augmenter la natalité", on rapporte les propos suivants du très chrétien Kevin Roberts:

 

« Un mouvement cherchant à sauver la nation et à restaurer la famille doit être composé d’hommes et de femmes dont la vie privée n’est pas en contradiction, mais en confirmation avec leur témoignage public », a déclaré M. Roberts lors de la National Conservative Conference, à Washington.

 

« Nous ne pouvons pas nous contenter de louer le mariage depuis une tribune. Nous devons nous y engager, accepter ses obligations et rester fidèles à travers ses épreuves. Nous ne pouvons pas nous contenter de déplorer la baisse du taux de natalité. Nous devons accueillir les enfants dans nos foyers et leur donner l’amour et la discipline dont ils ont besoin pour devenir des citoyens vertueux. »

 

« Nous ne pouvons pas nous contenter de secouer la tête devant la baisse du taux de mariage. Nous devons être hospitaliers et rassembler les gens dans nos foyers, comme l’ont fait les fondateurs de notre nation. »

 

Les choses avancent vite à Washington en ce moment.

Vive la Chine !

Publié le 28/03/2025 à 03:13 par philosophiesciences Tags : Robert Bernier

Vive la Chine !

- par Robert Bernier, Fév 2025

- Ce texte est paru dans le journal Le Devoir du 10 février 2025

 

Ne craignez rien. Le titre se voulait seulement ouvertement provocateur. On le sait bien. C’est la Chine qui est le danger pour le monde. C’est la Chine qui risque de mettre des mouchards électroniques dans ses voitures électriques pas chères et c’est en partie pour ça que, à la suite d’Oncle Sam, on doit leur imposer 100% de taxes à l’importation. Et les voitures de monsieur X alors? Que ce soit la Chine qui ait pris au sérieux l’injonction à la transition climatique et investi dans les technologies vertes, incluant la voiture électrique, alors que nos GM, Ford et consorts continuaient à regarder ailleurs n’y fera rien. C’est la Chine qu’on doit punir, dixit Elon Musk et Donald Trump. Et ce sont nos GM, Ford et consorts que l’on doit soutenir en payant le gros prix pour leurs gros chars?

 

La Chine a, on le sait bien, un très mauvais bilan au point de vue des droits de la personne.

 

Mais, posons-nous un peu la question. Qui sont les peuples qui ont mené la guerre au monde entier au fil des deux derniers siècles? Pas des chinois. Non, des anglo-saxons : des allemands, des britanniques et des américains. Et qui a espionné le monde entier récemment, notamment au moyen du logiciel espion Pegasus? Pas des chinois. Non, des israéliens, grands amis des britanniques et des américains.

 

Et qui veut prendre le contrôle du monde entier en ce moment? Pour la Chine, c’est apparemment seulement Taïwan. Pour la Russie, c’est au moins l’Ukraine mais possiblement d’autres pays limitrophes. Mais, pour les États-Unis, ce sont le Groenland, Panama, le Canada, Gaza et quoi d’autre? À l’ardoise des États-Unis, il faut sans doute aussi ajouter la Cisjordanie puisque les encouragements inconditionnels à l’Israël de Netanyahou ne sont pas de genre à restreindre les appétits ni des soutiens évangéliques de Trump ni des soutiens messianistes et suprémacistes de Netanyahou. Et, à cette liste, faudra-t-il ajouter d’autres pays du Levant quand la dépossession des uns et des autres aura fini d’attiser leur colère et leur révulsion et qu’on leur portera la guerre?

 

Et ce serait devant les États-Unis qu’il faudrait que nous fassions tous des courbettes? Et ça nous sauverait de quoi au juste?

 

Alors, je vous le demande, qui est un danger pour le monde entier en ce moment?

Liquider la question palestinienne…

Publié le 21/03/2025 à 15:01 par philosophiesciences Tags : Robert Bernier droit international épuration ethnique gaza palestine

Liquider la question palestinienne … et le droit international

 

Rachad Antonius, Louise Vandelac et Aline Gobeil

 

Le premier est professeur honoraire à l’UQAM ; la seconde est professeure titulaire au département de sociologie de l’UQAM ; la troisième est journaliste à la retraite. Ils cosignent ce texte avec une trentaine de personnes de tous les horizons.*


Le Devoir. Idées. 20 mars 2025.


ledevoir.com/opinion/idees/857365/idees-liquider-question-palestinienne-droit-international?

 

(ce texte a aussi été cosigné par : XXX , dont Robert Bernier à la fin de l’article ) et est paru dans Le Devoir, Idées, 20 mars 2025

 

Quand on a demandé à notre nouveau premier ministre, Mark Carney, ce qu’il pensait du plan du président Trump d’annexer le Canada, il a répondu : “c’est fou, it’s crazy,  point final”. Mais Trump n’est pas fou. Il est le porte-parole d’un mouvement puissant qui veut détruire l’ordre international pour y établir la loi de la jungle, plus favorable aux intérêts qu’il représente. Ceci est extrêmement dangereux.

 

Une stratégie multidimensionnelle de liquidation de la « question palestinienne » se dessine clairement. Alors  qu’un génocide reconnu comme tel[1] se poursuit à Gaza, sans opposition sérieuse des démocraties occidentales, les colons israéliens attaquent depuis des mois et sans relâche les villages palestiniens pour s’emparer des terres illégalement occupées en Cisjordanie.[2] Des terrains palestiniens de Cisjordanie et de Gaza sont mis en vente au Canada et aux États-Unis, dans le cadre d’événements promotionnels organisés dans des synagogues.[3] Et cela alors même que la Cour internationale de justice de La Haye a jugé il y a moins d’un an, à une forte majorité, que ces terres appartenaient et appartiennent aux Palestiniens et qu’Israël doit s’en retirer et sans délai. La Cour a jugé. Il n’y a pas d’appel. Faire semblant que ce jugement n’existe pas défie la raison. 

 

Et voilà que le ministre israélien des finances propose le déplacement forcé de 1,825,000 Palestiniens, pour tenter, plus brutalement encore, de liquider la question palestinienne. Le gouvernement israélien met en place des structures administratives pour déporter massivement les Palestiniens : cinq mille par jour, chaque jour, pendant un an, nous dit le ministre israélien des finances, Bezalel Smotrich.[4]  En même temps, Trump fait des démarches auprès de plusieurs pays africains, dont la Somalie et le Soudan, pour y déporter des Palestiniens[5].

 

Le Canada a su comprendre que l’apartheid en Afrique du Sud était un crime qu’il ne pouvait ignorer et n’a jamais regretté cette politique courageuse. Face à la Palestine, il faut avoir le même courage, la même lucidité et dire non à ces violations gravissimes des droits d’un peuple. Ce qui implique aussi que l’actuel gouvernement de la CAQ cesse ses activités au bureau du Québec à Tel Aviv. Comment peut-on collectivement fermer les yeux devant la colonisation illégale de la Cisjordanie et le projet de vider Gaza de ses habitants après des années d’enfermement cruel de sa population dans un tel déni du droit international !

 

Tous ces éléments vont ouvertement à l’encontre des principes et de la lettre du droit international et conduisent à mettre ce droit aux poubelles. Même les amis les plus inconditionnels d’Israël reconnaissent que la Cisjordanie et Gaza (incluant Jérusalem Est) sont des territoires occupés militairement, et que la IVe Convention de Genève de 1949 s’y applique. Ceci signifie qu’Israël a le devoir légal de s’assurer du bien-être des populations civiles sous occupation, et qu’il n’a le droit ni d’expulser ces populations civiles de ces territoires ni d’y installer sa propre population.[6]

 

Cela signifie aussi que la stratégie américaine actuelle vise à liquider à la fois la question palestinienne et du même coup le recours au droit international comme critère fondamental dans la recherche de la paix et de la stabilité mondiales. Il est vrai qu’aux Etats-Unis seul le Droit s’oppose aux projets de mainmise et de destruction de l’État et des services publics.

 

Ces attaques tous azimuts contre les Palestiniens et contre le droit international font partie d’une vaste « stratégie du choc » visant à fragmenter et à rendre inefficace toute opposition à ces politiques tant aux États-Unis qu’à l’extérieur.[7]  Les nouveaux barbares ont une capacité d’action inouïe, rendue possible par la concentration des pouvoirs aux mains des GAFAM et d’une classe de milliardaires libertariens prêts a soumettre le monde au règne des prédateurs les plus puissants, dépourvus de tout sens de la responsabilité sociale voire de la décence la plus élémentaire. C’est dans cette logique que Trump va jusqu’à proposer de transformer les territoires colonisés et vidés de leurs habitants en plages de luxe pour les occupants et leurs alliés.

 

Dans cet étonnant maëlstrom, la paralysie des grands médias d’information est douloureuse. Au moment où le Canada, et nombre de pays occidentaux, commencent à subir les prétentions agressives des amis américains d’hier, baisseront-ils le regard devant ces attaques massives au droit international dans le cas de la Palestine?  Et quand cette amnésie de l’Occident lui vaudra critiques et rejets, ce dernier fera-t-il semblant de ne pas comprendre pour les attribuer par réflexe à la « haine » des Arabes et des musulmans pour la démocratie?

 

L’ère Trump-Musk nous a fait entrer dans une troublante galerie de miroirs déformants, qui donne d’étranges images de nos postures et contorsions…

 

Il faut avoir le courage de faire face à ces enjeux sans détourner le regard.

 

* Ce texte a aussi été cosigné par : Gilles Bibeau, professeur émérite, Université de Montréal ; Louise Harel, députée, ministre, présidente Assemblée nationale du Québec 1981-2008 ; Isabelle Lasvergnas, professeure associée, UQAM, psychanalyste ; Bonnie Campbell, professeure émérite, UQAM ; Gilles Duruflé ; Wedad Antonius, professeure retraitée ; Anne Latendresse, professeure, UQAM ; Fernand Doutre, citoyen ; Emilie Paquin, chercheuse ; Mergler Donna, professeure émérite, UQAM ; Nago Humbert, professeur agrégé de clinique, Département de pédiatrie, Faculté de médecine, Université de Montréal ; Jean-Michel Landry, professeur, Département de sociologie et d’anthropologie de l’Université Carleton ; Benoît Dugas, professeur au collège de Rosemont ; Renée-Claude Lorimier, professeure au cégep Lionel-Groulx ; Robert Bernier, physicien ; Manon Cornellier, journaliste à la retraite ; Celine Bak, investisseuse en finance durable et équitable ; Lina Dib, journaliste à la retraite ; Issiaka Mandé, professeur, UQAM ; Valérie Lefebvre-Faucher, éditrice, revue «Liberté» ; Bruno Dubuc, vulgarisateur scientifique ; Sophie Campbell, traductrice ; Margaux Maurel, doctorante ; Nadia Delvigne-Jean, employée de la Ville de Montréal ; Jean-François Hamel, professeur, UQAM ; Marie-Andrée Beaudet, professeure à la retraite, Université Laval ; Villemaire Paquin, psychanalyste à la retraite ; Gisèle Lacerte, psychanalyste ; Mathilde Barraband, professeure, UQTR ; Clément De Gaulejac, artiste ; Sonia Trépanier, doctorante en sociologie ; Jérémy Bouchez, vulgarisateur scientifique, groupe de recherche Polémos ; Andrea Levy, groupe de recherche Polémos ; Ghislaine Raymond, collectif de convergence citoyenne Ahuntsic-Cartierville.

 

 

[1] Près de 50 000 morts, sans compter les corps non-identifiés. Le total s’approche des 200 000 morts selon la revue médicale The Lancet.

[2] Voir par exemple bbc.com/news/articles/c624qr3mqrzo , et reuters.com/world/middle-east/israeli-settlers-attack-west-bank-village-residents-say-2025-03-14/ .

[3] theguardian.com/us-news/2024/mar/11/new-jersey-israel-palestine-protest-real-estate

[4] timesofisrael.com/smotrich-government-establishing-migration-administration-for-gaza-exodus/

[5] timesofisrael.com/israel-and-us-said-in-contact-with-sudan-somalia-about-resettling-gazans/

[6] international.gc.ca/world-monde/international_relations-relations_internationales/mena-moan/israeli-palestinian_policy-politique_israelo-palestinien.aspx?lang=fra

[7] Stratégie élaborée en détail dans le cadre du « Project 25 » facilement trouvable sur le net.

Gaza: pour y voir clair

Publié le 31/08/2024 à 16:21 par philosophiesciences Tags : Robert Bernier

Gaza : pour y voir clair

 

par Robert Bernier, août 2024

 

 

Le 20 août, une semaine après la journée « J’achète un livre québécois », j’assistais, dans la sympathique librairie de quartier « Le Port de Tête » remplie à ras-bord, au lancement d’un livre québécois par le sociologue Rachad Antonius. Son titre : « La conquête de la Palestine. De Balfour à Gaza, une guerre de cent ans ». Ce n’est pas un roman. Si c’en était un, il serait d’une infinie tristesse en raison de la souffrance humaine qui y est racontée, et d’une infinie puissance de découragement en raison de la bassesse morale de plusieurs de ses personnages.

 

Sur 161 pages, on y voit combien le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, avait raison de déclarer, le 24 octobre 2023: « Il est important de reconnaître que les attaques du Hamas ne se sont pas produites en dehors de tout contexte ». C’est d’ailleurs le motto de M. Antonius que, pour le « Conflit au Proche-Orient, l’histoire n’a pas commencé le 7 octobre », titre de son article paru dans Le Devoir du 27 octobre.

 

À travers le livre de M. Antonius, de même qu’à travers le récent livre « Comment la Palestine fut perdue et pourquoi Israël n’a pas gagné » de l’historien et chroniqueur au journal Le Monde, M. Jean-Pierre Filiu, on voit combien la trajectoire historique d’Israël est ferme et claire. C’est l’histoire d’un projet de nettoyage ethnique prémédité qui se réalise en plusieurs phases et qui semble en voie de réussir totalement, étant donné l’état de destruction inhumaine et totale des résidences et infrastructures à Gaza, ou de la violence des actions menées par des colons israéliens décomplexés en Cisjordanie.

 

L’une des grandes injustices de notre époque continue à se dérouler, protégée derrière le double standard de nos analyses politiques dépendant qu’on se tourne vers les actions et responsabilités d’Israël, puissance militaire occupante faut-il le rappeler, ou celles du monde arabe, et entraîne un flot ininterrompu de catastrophes humaines où les perdants sont massivement du côté du monde arabo-palestinien.

 

Condamner le terrorisme, j’en suis. Mais il y a ici, derrière cette acceptation inconditionnelle des actions d’Israël au fil des décennies, les causes d’un désespoir et d’une colère du monde arabe qui forment le meilleur terreau du terrorisme. J'écrivais, dans un article paru dans le journal Le Devoir, en août 2006: " Si l’Occident perdure dans cet aveuglement, il faudra bientôt, couverts de honte que nous serons alors, écrire « Le Livre Noir de l’Occident au Proche-Orient »." Je crois que nous en sommes là maintenant.

 

Cet article de 2006 s'intitulait "L'aveuglement de l'Occident et le cas d'Israël" et est disponible dans ce blogue.

Halte à la boucherie à Gaza

Publié le 22/10/2023 à 20:20 par philosophiesciences Tags : Robert Bernier

HALTE À LA BOUCHERIE À GAZA

 

-auteur: Robert Bernier, 22 octobre 2023

 

Je dois écrire ici, sur un blogue trop peu fréquenté, ce que je pense de ce qu’il se passe en Israël. Pourquoi? Parce que nulle part ailleurs acceptera-t-on de publier ce que j’ai à en dire. La police politique israélienne, je devrais dire la police religieuse juive puisque Netanyahu a transformé Israël en un État ethnique sur la base de la religion juive, cette « Stasi juive » qui a des yeux partout, ne le permettra pas.

 

NOTE: S'agissait-il d'une prophétie auto-réalisante ou simplement de perspicacité? Cet article, le paragraphe précédent en moins bien évidemment, a été présenté pour publication au journal Le Devoir en date du dimanche 22 octobre dernier mais a été refusé (Note ajoutée le jeudi 26 octobre au soir).

 

Par quelle sorte de puissance « magique » cet État a obtenu ce contrôle absolu sur les affaires internationales, nul ne saurait le dire exactement, sauf à pointer du doigt vers l’inconditionnelle aide américaine. Biden n’aurait qu’un mot à dire pour faire cesser le massacre. Il n’aurait qu’à dire qu’il cesse cette aide financière et militaire et Israël reprendrait instantanément sa juste proportion au Proche-Orient, une position plus humble qui l’inciterait à la négociation et au compromis.

 

Certes, je condamne les actes ignobles commis par le Hamas. Certes. Mais je ne veux pas m’empêcher de répéter ici ce que j’ai déjà publié dans Le Devoir en 2006 (https://www.ledevoir.com/opinion/idees/115719/l-aveuglement-de-l-occident-et-le-cas-d-israel ou dans l'article Aveuglement de l'Occident et cas d'Israël plus bas sur ce blogue) et qui demeure encore tristement vrai aujourd’hui :

 

« L’avènement d’un État palestinien et le retour à une vie décente, hors des camps de réfugiés, c’était ce que Arafat avait promis à son peuple en échange de l’acceptation du fait accompli de l’existence d’Israël sur 78% des terres et dans des maisons qui avaient appartenu aux Palestiniens auparavant. Tout l’extrémisme actuel du Hamas et du Hezbollah viennent de ce qu’Israël n’a jamais permis que cela arrive, n’a jamais permis qu’Arafat livre cette marchandise des plus minimales. »

 

Faut-il rappeler que L'OLP d'Arafat était laïque, contrairement au fanatisme religieux des Hamas et Hezbollah encouragés par Netanyahu.

 

Ce qu’Israël fait en ce moment, sous nos yeux, c’est un terrible crime de guerre caché derrière le voile d’une lutte antiterroriste. Israël vient, selon un article du Courrier International (https://www.courrierinternational.com/article/conflit-israel-va-intensifier-ses-frappes-contre-gaza), de déclarer « complice du Hamas » tout Palestinien qui sera demeuré dans Gaza malgré sa recommandation de fuir vers le sud. Un complice qu’on se donnera ainsi le droit d’exécuter sans procès. Voilà qui est bien en phase avec les déclarations du ministre de la défense israélienne, Yoav Gallant, un suprémaciste juif, qui disait récemment que le Hamas et, par extension, les Palestiniens, ne sont que des « animaux humains ».

 

Une deuxième Nakba alors ? Ces Palestiniens reverraient-ils leurs maisons s’ils les quittaient? Et pour aller où d’ailleurs? Vers quelle sécurité puisqu’on apprend maintenant qu’Israël a bombardé (par erreur, dit-il) un objectif Égyptien, donc dans ce sud présumé sécuritaire.

 

Et, surtout, Israël est-il en train d'annexer de nouveaux territoires, est-il en train de réduire encore la bande de Gaza ? La question se pose à l’heure où les colons juifs de Cisjordanie profitent du chaos pour expulser encore plus de Palestiniens de leurs derniers territoires.

 

Nous, Occidentaux, qui regardons ce crime se commettre sous nos yeux, devrions avoir honte. En tout cas, moi j'ai honte. Gaza, prison à ciel ouvert depuis 2007, c’est le ghetto de Varsovie à l’envers et nos sympathies occidentales vont majoritairement du mauvais bord. Il faut intervenir contre Israël, et militairement s'il le faut. Ne le fait-on pas, en ce moment même, contre Poutine, en Ukraine?

NorthVolt: Bâtir ou Débâtir l'acceptabilité sociale?

Publié le 06/10/2023 à 16:07 par philosophiesciences

(DÉ)BÂTIR L’ACCEPTABILITÉ SOCIALE ?

 

auteur: Robert Bernier

 

Depuis l’annonce du projet NorthVolt, on a surtout assisté à un concert de doutes et de suspicion et c’est à ça que je veux réagir.

 

En 2016, j’ai consacré une centaine d’heures à étudier le dossier du projet d’oléoduc Énergie-Est. J’ai préparé un mémoire (disponible en deux parties sur ce blogue: oleoduc-énergie-est-mémoire-pour-bape ) qui a été déposé devant le BAPE et que j’étais invité à défendre le 9 mai à Terrebonne, ce que je n’ai pas pu faire parce que la compagnie et le gouvernement s’étaient entendus la veille pour arrêter le projet.

 

Dans ce mémoire, je disais qu’il fallait rejeter le projet pour plusieurs raisons : 1) les risques environnementaux présentés par un oléoduc qui allait traverser des centaines de cours d’eau alimentant des populations, dont celle de Montréal; 2) les risques financiers en raison d’accidents environnementaux majeurs; 3) le peu de retours économiques prévus pour le Québec. Je soutiens toujours mon analyse de l’époque et il semble que bien d’autres en étaient arrivés aux mêmes conclusions.

 

Ma recherche m’avait amené à voir que l’un des arguments phares des mouvements écologistes était qu’il fallait investir massivement dans les nouvelles énergies et que cela engendrerait même plus d’emplois payants. Je notais entre autres choses qu’une étude menée par le Canadian  Centre for Policy Alternatives, Bureau de Colombie-Britannique, avançait qu’on peut, selon les secteurs d’activité comparés, créer de 3 à 34 fois plus d’emplois par des investissements « verts » que par des investissements dans l’industrie gazière et pétrolière.

 

Aujourd’hui, nous y sommes, avec ce projet NorthVolt : des énergies vertes et des emplois payants. De plus, des terrains circonscrits, donc faciles à surveiller et à protéger, et une entreprise qui s’engage à respecter nos normes environnementales.

 

Il y a place ici à un jeu honnête pour des écologistes dont je suis : 1) analyser le projet, 2) voir quelles normes environnementales seront imposées et 3) s’assurer qu’elles le seront.

 

Mais nous savons que l’acceptabilité sociale risque d’être l’enjeu majeur. Nous nous attendons évidemment au réflexe « Pas dans ma cour » bien que les citoyens directement concernés devraient aussi réfléchir à la valeur créée chez eux par cette industrie de technologie avancée. Et je m’attendrais à ce que, en concordance avec les demandes constamment renouvelées d’investissements dans des énergies renouvelables, les tenants d’une économie verte favorisent par leurs lumières l’acceptabilité sociale de ce projet. Le Québec a pour une fois une chance d’en tirer des bénéfices à maints égards tout en amenant sa contribution à une économie et un mode de vie plus verts.

 

Mais le concert de doutes qui a déjà commencé à retentir me laisse craindre qu’on assistera plutôt à une démonstration de duplicité de cette part bruyante de la mouvance écologiste qui en a plus pour la révolution anticapitaliste que pour le développement d’une économie durable comme celle à laquelle l’écologiste Claude Villeneuve a dévoué sa carrière. Villeneuve décrit ce qu'est une économie durable, qui s'inspire des 17 objectifs de développement durable des Nations Unies, au chapitre 1 du livre "La Terre, la vie et nous : Parlons d'espoir et de solutions" (Éditions édito, 2020).

 

C’est un peu mal parti si j’en juge par la chronique « Tout roule? » de Jean-François Nadeau dans Le Devoir du 2 octobre. Il y fait un curieux amalgame des idées pro-pétrole du Gros Bon Sens de Pierre Poilievre et du projet NorthVolt. Sans démonstration aucune, sans argument, il ne craint pas de laisser flotter une odeur de mépris en écrivant : « Même la bêtise épaisse peut ainsi se confondre avec le bon sens. ». C’est mal parti pour bâtir l’acceptabilité sociale.  On pourrait même se sentir intimidé de vouloir y contribuer mais il ne faudrait pas céder à ce sentiment.

 

Ça me rappelle un peu le fameux « Pacte pour la transition » proposé en 2018 par Dominic Champagne. Il visait l’adhésion de 1 million de citoyens québécois conscientisés mais en obtint au plus 300 000. Les récriminations des puristes relevant chez certains signataires ce qu’ils ont jugé être de l’hypocrisie ont sans doute été une cause de l’échec. La politique du « tout ou rien » ne fonctionne pas. En fait, elle est un agent du statu quo. Elle ne sert que ceux qui n’en ont rien à cirer de l’environnement s’ils n’obtiennent pas d’abord un renversement du capitalisme, habituellement sans proposition claire de remplacement. On a vu la même chose sur le sujet de l’indépendance du Québec. Le discours « Pas d’indépendance sans projet de société » a été, depuis le début, l’idiot utile du fédéralisme pas même renouvelé.

 

Souhaitons-nous un débat intellectuellement honnête autour du projet NorthVolt. Je termine avec la phrase honnie au Québec : « La distribution de richesse commence par une création de richesse ». Et nous avons une chance ici de le faire en participant à une économie durable.

 

 

Une (autre) élection charnière

Publié le 14/09/2022 à 15:13 par philosophiesciences

Une (autre) élection charnière

auteur: Robert Bernier, 14 septembre 2022

 

En 2018, je m’étais fendu d’une lettre intitulée « Une élection charnière », parue dans Le Devoir du 20 août 2018, et qu'on pourra retrouver sur ce blogue. Dans cette lettre, je commençais par remercier M. Lisée d’avoir « mis sa tête sur le billot » en déclarant qu’il n’y aurait pas de référendum dans un premier mandat du PQ, enlevant ainsi à M. Couillard son principal sinon son seul argument. Il fallait se débarrasser des libéraux et c’était la seule façon de faire. Mais, comme plusieurs, je n’avais pas vu la CAQ se rapprocher dans le rétroviseur. Aujourd’hui, la donne politique a changé et les voies de la réflexion sont rouvertes.

 

Deux des trois enjeux que je trouvais prioritaires étaient la question environnementale et le fait que la seule véritable cause d’angoisse existentielle pour les Québécois était le statut de la langue française.

 

La CAQ, sans aucun programme environnemental s’était faufilée. Rendons tout de même à César ce qui lui appartient : même sans programme initialement, la CAQ a été le seul gouvernement qui ait tout de même fait quelque chose de ce côté. Plan Vert de 6.5 milliards avec reddition de compte, arrêt de la prospection pétrolière, rejet du projet GNL Québec, etc. Les visions économiques de M. Fittzgibbon jettent cependant un doute sur la suite des choses. Sur le nouveau nationalisme, par contre, c’est définitivement vers un échec total devant les éternels refus du Canada que se dirige le Québec de la CAQ. « Four More Years » de la CAQ est une promesse d’impasse.

 

Pour 2022, seuls deux partis offrent un programme et une vision claire et compréhensive sur ces deux enjeux de l’environnement et du fait français : Québec Solidaire (QS) et le Parti Québécois (PQ).

 

Sur la question de l’indépendance du Québec, qui semble à plusieurs dont je suis être la seule voie de sortie pour la Nation Québécoise, QS a pourtant peu de crédibilité. Une constituante formée par nombre de fédéralistes multi-culturalistes ne risque pas de conclure à la nécessité de l’indépendance : le paragraphe 9.3.2.d du programme de QS marque bien combien cette constituante se devra d’être « trans-partisane ». On voudrait noyer le poisson dans une soupe de démocratie participative vertueuse que l’on ne ferait pas autrement.

 

Pour le reste, le seul objectif historiquement constant chez QS, à savoir « dépasser le capitalisme »,  demeure omniprésent derrière l’ambition de « nationalisation à terme » de la plupart des secteurs économiques. J’ai bien peur que les turbulences engendrées par la fuite des capitaux qui suivrait l’accession de QS au pouvoir ne laisseraient plus beaucoup de ressources pour appliquer l’ambitieux programme environnemental de la formation politique … mais leur Saint Graal du dépassement du capitalisme aurait été atteint.

 

Par ailleurs, la lecture du programme de QS laisse un pénible arrière-goût. Un gouvernement QS aurait déjà tout prévu. Le foisonnement de propositions sur tous les secteurs de la vie citoyenne confine à l’étouffement. Et l’omniprésent recours à la démocratie participative n’allège pas le sentiment, bien au contraire. On pourra se demander ce que deviendront par exemple les définitions des « ultra-riches » ou des « inclusifs » quand la démocratie participative sera passée par là. On n’est pas au royaume d’Utopie où chaque citoyen se comporte en philosophe acceptant le débat constructif et le principe selon lequel le meilleur argument l’emporte : on n’est jamais bien loin de l’épuisante méthode « filibuster » du militant extrême. Si le programme de QS est certainement inclusif, il est aussi le plus intrusif qui puisse être, intrusif dans tous les secteurs de la vie du citoyen. On pourra s’étonner de l’aberration par laquelle une jeunesse toujours rebelle à tout acquiescerait à vivre sous un tel État Léviathan.

 

Sur nos deux enjeux, environnement et avenir de la Nation, il ne reste plus qu’une seule option ayant un programme : le PQ. Et c’est urgent dans les deux cas. Les derniers chiffres sur le fait français au Québec et au Canada annoncent un déclin certain. Et ne nous y trompons pas; il ne s’agit pas nécessairement d’un lent déclin. Une fois que l’effet de seuil d’un Montréal réclamant et obtenant le bilinguisme officiel aura été franchi, ce sera la débâcle pour l’ensemble du territoire. Qu’au minimum le PQ forme l’opposition officielle laisserait l’avenir ouvert. À bon entendeur, salut.

 

 

À propos du documentaire "Bataille pour l'âme du Québec"

Publié le 03/06/2022 à 16:20 par philosophiesciences Tags : Robert Bernier

Grands absents du documentaire de Francine Pelletier : gouvernement fédéral et Québec Bashing

Auteur: Robert Bernier, 3 juin 2022

 

J’ai visionné le documentaire « Bataille pour l’âme du Québec » de Francine Pelletier. Elle y fait un rappel correct des événements qui ont mené, sur plus de 10 ans, à la loi 21 qu’elle honnit : cynisme et opportunisme politiques de Mario Dumont et de Bernard Drainville.

 

Seul M. Francis Boucher consacre quelques secondes au contexte international post-septembre 2001, alors que des vagues de terrorisme islamiste déferlent sur toute l’Europe. Le documentaire donne l’impression qu’un virus nommé islamophobie a touché le seul Québec francophone sans que rien dans l’actualité ne puisse en être même un peu la cause.  Au début du débat sur la « Charte des Valeurs » de Drainville, j’étais de ceux qui promouvaient le respect des libertés individuelles. Avec les années, j’ai écouté le discours féministe qui voyait en le voile musulman –c’est de ça qu’il était question- un signe d’oppression. J’ai aussi étudié le discours sur la montée d’un islamisme militant régressif. La loi 21 n’a pas pour seul fondement un populisme xénophobe comme on le présente. Et il n’y a pas que des Blancs, Francophones et Chrétiens, qui l’approuvent. Madame Pelletier n’en dit mot.

 

On présente comme un atavisme des Québécois francophones de craindre l’immigration. Mais depuis aussi loin que les travaux de M. Olivar Asselin, on sait que l’immigration, quand elle est décidée par le gouvernement fédéral d’Ottawa, a pour conséquence directe, quand ce n’est pour but affirmé, de noyer la population francophone. Et c’est là surtout que Madame Pelletier, sans concession pour le nationalisme Québécois, oublie de nous présenter l’acteur principal de cette bataille pour l’âme du Québec : le fédéral. Le nationalisme Québécois a d’abord été sûr de lui-même, comme elle le montre en début de documentaire. Elle note avec justesse que la défaite des deux référendums lui a brisé les reins. Mais elle néglige de mentionner l’action frauduleuse du fédéral lors des deux référendums ou des commandites après le second : ça, c’est la partie « argent » de la déclaration Parizeau. Mais tout est toujours la faute du Québécois francophone, semble-t-il.

 

Notre nationalisme a pour objectif légitime la préservation du fait français en Amérique et ça ne peut passer que par le contrôle de nos institutions sur le territoire où nous sommes encore majoritaires. Alors qu’il nous faudrait intégrer en français jusqu’à 90% des nouveaux arrivants, nous n’arrivons pas à faire mieux qu’environ 55% selon les chiffres de 2016 rapportés par Frédéric Lacroix dans son ouvrage « Pourquoi la loi 101 est un échec ». Quiconque sait compter sait qu’à ce rythme le Québec francophone est en train de payer pour disparaître. Madame Pelletier propose-t-elle une résignation tranquille? Si la loi 101 est un échec, c’est qu’elle a été édentée dès le début par des juges nommés par le fédéral. Pas un mot de Madame Pelletier sur ce point. C’est comme si ça n’existait pas.

 

Au long du documentaire, et comme c’est le cas jour après jour dans certains média au Québec, on accuse le Québec francophone de fermeture, de xénophobie, sinon de racisme. On présente des personnes qui nous disent se sentir « rejetées ». Mais où sont les faits sustentant ces terribles accusations? Il ne suffit pas de mettre de l’avant ses ressentis quand on accuse une nation toute entière. Quittant pour le moment sans le quitter vraiment le documentaire de Madame Pelletier, j’aborderai deux sujets de l’heure qui auraient mérité d’être creusés un peu plus avant d’être lancés à la face des Québécois : l’accusation de profilage racial par la police de Montréal et celle de  discrimination systémique au Québec.

 

Dès sa sortie en Août 2019, le rapport intitulé « Les interpellations policières à la lumière des identités racisées des personnes interpellées » (disponible en ligne à https://cridaq.uqam.ca/publication/les-interpellations-policieres-a-la-lumiere-des-identites-racisees-des-personnes-interpellees/) a servi à monter l’accusation de racisme systémique contre tout le Québec (essentiellement toujours le seul Québec francophone). Une lecture rapide semble s’être arrêtée pour la plupart au Tableau 2.2, en page 86 de ce rapport qui contient 134 pages et des dizaines de Tableaux et Graphiques. Le Tableau 2.2 montre que, dépendant des années, les personnes Autochtones ont de 4 à 6 fois plus de « chances » d’être interpellées par la SPVM que les personnes Blanches. Quant aux personnes Noires, leurs chances varient autour de 4 à 5 fois plus. Ces chiffres ont mené plus tard, surtout dans la suite du mouvement « Black lives matter » déclenché par ce qu’on peut appeler le meurtre de l’Afro-Américain George Floyd par des policiers aux USA, ont mené donc à demander le définancement de la police de Montréal. La question qu’on aurait dû se poser, à la lecture du Tableau 2.2, est la suivante : si les Noirs ou les Autochtones sont interpellés de façon générale plus souvent que les Blancs, le sont-ils trop, proportionnellement à leur contribution réelle à la criminalité. Les journalistes ne se la sont pas posée, et les militants non plus. Moi, si. Et j'ai vu que les sociologues auteurs du rapport avaient pourtant fait leur travail correctement et scientifiquement. Et la réponse à cette question se trouve au Tableau 2.10 en page 99. Dans ce Tableau, on lit que, quand on tient compte des interpellations menant à accusation formelle, la disproportion entre Blancs et Autochtones n’est plus de 5 ou 6 mais de 1.10. Pour les Noirs, plutôt que d’être de l’ordre de 4 à 5, c’est 1.66. On dira qu’il y a encore disproportion mais ce n’est plus du tout la même chose et, plutôt que de conduire à demander le définancement de la police, ça devrait plutôt conduire à se questionner sur la prévalence de la criminalité dans certaines communautés culturelles plutôt que dans d’autres et à penser en termes d’interventions sociales. Et les accusations de « racisme systémique » s’effondrent et François Legault a eu raison de résister à l’appel insistant qu’on lui faisait d’en reconnaître l’existence au Québec.

 

Dans la même veine, on a souvent accusé le Québec de discriminer les personnes racisées dans l’embauche dans la fonction publique. Mais il y a ici aussi des chiffres qui manquent à notre analyse. Ce qu’il faudrait savoir, ce sont deux choses : 1) le taux d’application pour les emplois dans la fonction publique, par des personnes racisées ou ethnicisées, est-il égal à leur poids démographique : autrement dit, ces personnes se présentent-elles au portillon? Mais surtout 2) le taux de refus de leur prestation est-il supérieur de façon significative à celui que rencontrent les personnes dites « de souche » et à ceinture fléchée?

 

J'ai trouvé des éléments importants de réponse dans l’article « Le dos large du racisme systémique » de Yannick Lacroix, paru dans la revue Argument (article disponible en ligne à http://www.revueargument.ca/article/2022-03-15/790-le-dos-large-du-racisme-systemique-discrimination-ecarts-et-causalite.html ), article qui recadre avec des chiffres tout ce discours sur les discrimination et racisme soi-disant systémiques. L’article est trop long et trop riche en analyses chiffrées pour le résumer ici mais, afin d’en donner un aperçu, j’en citerai un passage représentatif de l’ensemble:

 

« … en premier lieu, un employé ne se hisse généralement à un poste impliquant de hautes responsabilités qu’après un certain nombre d’années d’expérience, ce qui fait en sorte que l’accès à ces postes est aussi corrélé avec l’âge; en second lieu, l’âge médian des personnes appartenant à des groupes ethno-raciaux diffère parfois fortement : au Canada, il est de 40.7 ans pour les Blancs mais, par exemple, de seulement 29.6 ans pour les Noirs. Si l’on prend ce dernier point en considération, ce serait donc plutôt de retrouver la même « représentativité proportionnelle » des Noirs que des Blancs aux postes de cadres qui devrait être tenu pour étonnant. »

 

Voilà le genre d’analyses que présente l’auteur Yannick Lacroix tout au long de son article. Et voilà le genre de questions qu’on devrait se poser avant d’accuser le peuple Québécois (francophone) de racisme ou de discrimination systémiques, ce qu’on se plaît à faire trop facilement et de façon indifférenciée. Accuser tout un peuple, de façon indifférenciée, n’est-ce pas, justement, la définition du racisme? Mais c’est ce que l’habitude du Québec bashing a laissé perpétrer au fil des décennies.

 

Revenons à Madame Pelletier. Le Québec francophone a beaucoup tenté depuis Gérald Godin pour attirer à lui les nouveaux arrivants. Mais il est difficile d’y réussir quand le message qui leur est envoyé est que le Canada est un pays anglo-saxon. Pire encore, quand on a laissé aller depuis des décennies tout le Québec bashing sans jamais riposter. Quel immigrant souhaiterait se fondre dans un peuple aussi diffamé, et qui consent à l'être? Madame Pelletier n’en dit mot dans son documentaire. Pour revenir au référendum perdu de 1995, elle ne mentionne pas que les leaders des communautés italiennes, grecques et juives avaient appelé leurs membres à voter « en bloc » pour le Non : ça, ça ne s’invente pas, et c’est la partie « votes ethniques » de la déclaration Parizeau. Mais Madame Pelletier est sans pitié et se contente de dire que la déclaration Parizeau a eu de lourdes conséquences sur le nationalisme Québécois. C’est exact mais, chaque fois qu’on rappelle ladite déclaration sans en donner le contexte, on troque le rôle de journaliste pour celui de pamphlétaire.

 

Il y a donc d’importantes réalités qui sont absentes de ce documentaire et qui auraient permis de donner une image plus juste du nationalisme Québécois.